Adoptée de France, née sous X

 

Qu’est ce qui t’a amené à découvrir, faire ou vouloir utiliser ce don/ cette compétence/ cette initiative/ ce projet / ce média… ?
Je me définis aujourd’hui principalement comme réalisatrice et universitaire. De mon point de vue, tout mon travail tourne autour de la même chose mais sous différents canaux. C’est-à-dire, la question de la réappropriation de la narration et de la pédagogie publique, que ce soit être pigiste pour des médias mainstream, donner des conférences, animer des ateliers, faire un film documentaire, participer à des émissions de radios, télé, être sur les réseaux sociaux, etc., tout ça c’est de la narration. Je n’écris plus trop de fiction mais j’aimerais vraiment m’y remettre. Pour moi, ce sont des façons de se raconter et de raconter la société dans laquelle on vit et finalement on parle toujours un peu de soi, que ce soit dans la recherche ou dans la création.

Quel lien y vois-tu avec ton histoire ou ton parcours de personne adoptée ?
En tant que personne adoptée, j’ai longtemps eu l’impression d’être « dedans-dehors » ou le cul entre deux chaises pour le dire plus vulgairement : Noire dans une famille blanche ; jeune fille qui ne se retrouve pas dans les modèles de femmes valorisées dans la société, bisexuelle, bref, toujours « à côté » ou « entre-deux ». Et puis le temps passant, je me suis rendue compte que c’est justement le fait de n’appartenir à aucune catégorisation bien définie qui m’a donné le regard que je porte sur la vie et la société. Ce qui fait aujourd’hui la force de mon travail artistique et de recherche, c’est justement mon hybridité, cette nécessité d’inventer mon identité, d’être capable de multiples métamorphoses. Je suis passionnée par les images, les archives, les « traces », en quelque sorte, peut-être parce qu’étant née sous « X », j’ai choisi de documenter le présent et/ou interroger le passé afin de créer mes propres archives, ma propre histoire.

Ton message à faire passer ?
Il y a autant d’histoires d’adoption que de personnes adoptées, et elles sont toutes légitimes. Notre ressenti et nos identités d’adopté.e.s sont complexes et méritent d’être racontées, entendues, valorisées. Je suis très heureuse que ce nouveau site existe, je prépare mon prochain documentaire et il portera sur l’adoption internationale. Plus nous serons nombreuses et nombreux à prendre la parole, à se réapproprier la narration et plus les générations qui nous suivent ou nous précèdent pourront trouver de la force et des ressources pour se construire. #AdopteesFlipTheScript

 

Le documentaire

Ouvrir La Voix est un documentaire sur les femmes noires issues de l’histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles. Le film est centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de notre identité « femme » et « noire ». Il y est notamment question des intersections de discriminations, d’art, de la pluralité de nos parcours de vies et de la nécessité de se réapproprier la narration (Source: Bras de fer, 2017)

 

Débats/ Interviews


A propos de l’auteur
Amandine Gay est née sous X d’un père français et d’une mère marocaine en 1984, en France. Sa mère et son père adoptifs, blancs, sont respectivement institutrice et cantonnier et vivent dans un village proche de Lyon. Elle se passionne pour le BAsket Ball qu’elle joue à un bon niveau. Elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Lyon en communication, puis du conservatoire d’Art dramatique du 16e arrondissement de Paris, qu’elle intègre en 2008« Toute ma scolarité, je l’ai faite dans des milieux blancs, avec des gens racistes. J’ai essayé de faire des efforts mais je n’étais toujours qu’une noire pour eux. Je suis donc remontée, depuis toute jeune. Après, je dirais que le militantisme est venu avec une certaine prise de conscience politique. Lorsqu’en 2005, les députés UMP ont essayé de faire passer la loi sur le rôle positif de la colonisation, j’étais tellement outrée que j’ai choisi « les enjeux et le traitement de la question coloniale » comme sujet d’étude pour mon mémoire de fin d’année à Sciences Po Lyon. »

Après ses études, elle commence à travailler comme comédienne, cependant, après quelques mois d’activité, elle constate qu’elle interprète toujours le même type de rôles stéréotypés (droguée, prostituée, sans-papiers). Son agent lui apprend alors que bien qu’elle envoie son profil pour des rôles divers correspondant à sa tranche d’âge, elle n’obtient de réponse que quand il est spécifié dans le scénario que le personnage est une Noire« En cinq ans de carrière je n’ai eu que deux rôles « normaux », un rôle d’avocate sur une série de TF1 et un rôle au théâtre, dans lequel j’incarnais plusieurs personnages différents. Au bout de cinq ans, j’en ai eu marre: j’ai cessé ma carrière de comédienne pour devenir réalisatrice. »


Sa page Facebook

Twitter: @OrpheoNegra
Site du film : www.ouvrirlavoixlefilm.fr